Histoires de radio

Belgique:
RTL-TVI et la publicité: La station s'est mordue la queue !




Le plan de transformation prévoit la suppression de 105 emplois suite a la chute des recettes en télévision car TF1 propose des décrochages publicitaires belges. Pour bien comprendre est utile de faire l'histoire de la publicité belge car la situation a toujours été très confuse.



C'était aux temps des stations privées.
Avant guerre, il n'y avait pas de station d'état et les radiodiffuseurs étaient tous privés et diffusaient librement toute la publicité qu'ils désiraient.

L'arrivée d'une Société nationale de radiophonie.
Fin des années 1920, l’État souhaite disposer d'une station nationale, capable d'informer toute la population.
1927, Le ministre Édouard Anseele met à l'étude un projet de Société nationale de radiophonie.
1929, La projet de loi est déposé à la Chambre. Les débats au Parlement sont très houleux car l'on s'inquiète du financement de la presse écrite et des radio privées. On ne veut a aucun prix que cette nouvelle radio, aux moyens énormes, vienne les concurrencer.
Juin 1930, la lois sur l'INR entre en application : C’est le début du service public de radiodiffusion.
Établissement public autonome, l’Institut national de radiodiffusion. Afin d’assurer son fonctionnement, l'I.N.R bénéficie d’une subvention allouée par l’État. Cette subvention est constituée pour 90 % du produit des redevances annuelles (20 francs pour un poste à galène, 60 francs pour un poste à lampes) . Il est prévu que l'I.N.R ne pouvait diffuser de la publicité ni se livrer à des activités d'édition.

Pas de monopole de la radiodiffusion en Belgique !
Il n'était aucunement question de monopole au profit du service public. Les stations privées peuvent continuer à travailler comme précédemment et se partagent le marché publicitaire avec la presse écrite.

RTL Belgique.. depuis 1938,
IP « Information et Publicité Benelux » commercialise en Belgique les supports de la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion, alors éditrice de « Radio-Luxembourg »

La fin des stations privées
A la fin de la guerre de 1940, les stations privées ont voulu reprendre leurs émissions au plus vite. Certaines avaient délocalisés leurs émetteurs, laissant croire que leur ville était libérée, ce fut la confusion. Il y eu des morts.
Dans ce contexte d'après guerre, le ministère à souhaité ne pas renouveler provisoirement les autorisations d'émettre. Aucune lois ne les a jamais interdites ! C'est ce que l'on a appelé « le monopole de fait » de la radiodiffusion au profit de l'I.N.R..
Par la suite, on a obligé la radio d'état d'occuper toutes les fréquences attribuées à la Belgique en vertus des accords internationaux.
Légalement, n'importe qui pouvait demander l'autorisation de créer une station commerciale mais la demande n'avait aucune chance d'aboutir car il n'y avait pas de fréquences !

Et le marché publicitaire ?
Tout naturellement, c'est Radio Luxembourg qui disposait d'une régie publicitaire et de studios à Bruxelles, qui en récoltait un maximum. Suite à la « parisianisation » de Radio Luxembourg devenant RTL, les annonceurs belges bénéficiaient d'un tarif préférentiel sur la publicité en grandes ondes. Pour le néerlandais, les émissions ondes moyennes récoltait un certain budget.
Une petite partie du budget arrivait dans les caisses de Télé-Luxembourg qui était reçue uniquement dans le sud de la Belgique depuis 1955.

Télé-Luxembourg rafle la mise.
Fin des années 60, c'est la révolution : Coditel, le câblo-opérateur décroche des licences pour installer des faisceaux hertziens pour transmettre dans de meilleures conditions les stations étrangères captables en réception directe sur le territoire belge.
Il ne s'agit pas d'avoir une liaison avec Luxembourg mais Coditel installe une antenne à Saint-Hubert et un faisceau vers Namur (Bouge) et de là le signal est dispatcher vers Liège Verviers et Bruxelles. Quelques mois après son concurrent fait de même. Télé-Luxembourg est alors distribué par le câble à une importante partie de la population.

L’offensive des stations libres.
Au fil des ans, ont a oublié que l'interdiction de publicité n'était applicable qu'à la radio d'état.
Comme l'Association de Libération des Ondes, qui regroupait les radios libres, ne souhaitait pas être dépendante de la publicité.. la question ne se posait même pas.
Dans un second temps, des initiatives commerciales ont vu le jour, avec très peu d'opposition et surtout suite a l'absence de cadre juridique. Par la suite les réseaux ont été autorisés et ont bien entendu fait de la publicité!.

RTL Télévision contre attaque.
Vu que la plus grande majorité des téléspectateur est belge, il est tentant de s'installer à Bruxelles.L’État ne l'entend pas de cette oreille, de même pour la presse écrite.
C'est donc à Luxembourg que sont réalisées les émissions belges de Télé-Luxembourg, devenue RTL Télévision. Alors que l'info est réalisée à Luxembourg, pour donné un caractère plus belge, des reportages sont réalisés par l'équipe bruxelloise de RTL: Jean-Charles Dekeyser réalise le reportage le matin... En début d'après-midi Meuter-Titra développe les films et assure le montage. En fin d'après-midi, le film est expédié par train et un employé de la CLT le réceptionne sur le quai de la gare de Luxembourg quelques minutes avant le début du journal.

C'est RTL qui accorde des subsides à la presse belge.
Pour augmenter ses chances de s'installer en Belgique, RTL Télévision a conclu des accords avec la presse écrite. Suite à cet accord conclu en juin 1985 entre la CLT et Audio-presse, ce sont les différents journaux du pays qui disposerait d'une équipe de reportage regionale.
Les journaux membres d’Audio-presse se sont vus octroyer des recettes sur la publicité régionale collectée par IPB pour l’équivalent de 5 minutes par jour (soit environ FB 87 millions nets) en contrepartie de leur participation à la couverture de l’information en Wallonie et à Bruxelles.

Un regrettable accident
Il ne restait plus qu'a obtenir une liaison entre Bruxelles et Dudelange. Côté télé-distributeur c'était interdit. Côté autorités on traînait la patte !
Juillet 1981 , un avion militaire belge (Mirage IIIE) percute le pylône, tuant le pilote et un technicien et son épouse. Les autorités belges autorise RTL d'avoir une liaison hertzienne, avec l'aide de la RTBF. Après cet accident, il était difficile de refuser une liaison permanente.

Tout va pour le mieux pour RTL-TVI.
La chaîne devient une chaîne belge et dispose d'une licence belge. Ses studios de développe à Bruxelles et le tiroir caisse de IP-Benelux se rempli mais en 1985. un seul nuage dans le ciel: Une régie filliale de la RTBF est créée pour commercialiser la publicité non commerciale de la RTBF.

1989, la RTBF se lance dans la pub !
Branle bas de combat à RTL-TVI, la chaîne privée serait privée.. du monopole de la publicité.
Cela entraîne aussi une violente réaction de la presse belge : N’oubliez pas qu'elle est subsidiée par RTL depuis l'accord de 1987
La concurrence débute entre la chaîne publique RTBF et la chaîne privée RTL.
Deux régies publicitaires se partagent le marché de la publicité à la télévision : Information et publicité Benelux - IPB, filiale d’Havas d’une part, Régie média belge - RMB, filiale commune de la RTBF et du Cinéma publicitaire belge d’autre part.
Finalement un accord, pour le moins cocasse, est conclu : Une partie des recettes de la publicité de la RTBF est versée à RTL !

Fin de l'assistanat de la RTBF à RTL.
Par la suite, cet accord a été dénoncé et RTL n'est plus « sponsorisé » par le RTBF.
En réaction, RTL-TVI ne renouvelle pas sa licence en Belgique et redevient une station sous licence Luxembourgeoise.
Cela ne change rien dans la diffusion, vu que RTL-TVI est distribué par le câble (qui en Belgique couvre plus de 99% du territoire depuis des décennies).
Outre l'impact financier pour la Belgique, voila le CSA Belge incompétent et devant transmettre les plaintes au bienveillant CSA Luxembourgeois.
Toujours très mal digérée par les autorités, ce changement fait régulièrement des vagues entre la Belgique et RTL-TVI.

Le retour du boomerang.
Si RTL-TVI est une station sous licence étrangère et qu'elle peut librement diffuser les publicités belges, pourquoi interdire à TF1 à faire de même ?
Maintenant c'est RTL-TVI qui s'est mordu le queue avec l’arrivée de TF1, qui, depuis quelques jours, propose des décrochages publicitaires belges aux annonceurs.
J'ai presque la larme à l'oeil lorsque l'administrateur délégué de RTL Belgium justifie les licenciements en déclarant : "la multiplication des financements publics et l’assouplissement des règles dont bénéficie la RTBF tant en TV qu’en radio qui faussent la concurrence". C'est un comble: Une TV qui avait une licence belge qui a choisi de s'expatrier au Luxembourg ne reçoit plus d'aides de Belgique!

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J'ai réalisé de nombreuses photos au cours de ma carrière, d'autres m'ont été fournies par les radiodiffuseurs ou d'anciens collègues, que je remercie.
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J'invite les auteurs concernées à me contacter par mail: michel chez fremy.be .
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